CHICAGO BULLS
6 titres dans les années 90, une équipe légendaire, des records à la pelle et puis comme toute chose a une fin, la saison 98/99 joue la carte de la reconstruction ou plutôt de la destruction. Comment passer du statut d'invincible à pitoyable? Demandez à Jerry Krause.
Premier changement majeur, déja connu des mois à l'avance, le coach. Jerry Krause, le GM tant décrié et haï par la plupart des joueurs, décide de faire le ménage et prévient déja tout le monde à peine la saison 97/98 commencée, Phil Jackson ne sera plus l'entraineur des Bulls, l'année prochaine. Pourquoi vouloir se debarrasser de l'homme qui a reussi à emmener les Bulls au sommet pendant près de 10 ans? Absolument rien du côté sportif, juste une mésentente qui dure surtout à partir de 1994/1995 et le cas de Toni Kukoc. Le croate est le chouchou de Krause, et pour ce dernier, Jackson ne l'utilise pas dans les meilleures conditions. Faible en défense et irrégulier, Kukoc devient un remplacant de luxe là où Krause voudrait voir un starter indiscutable. L'influence de Jax enerve et rend fou de jalousie, il est temps pour l'ancien knick d'aller voir ailleurs. Pour le remplacer, Krause fait appel à un novice, un coach qui n'a exercé qu'en NCAA, Tim Floyd de Iowa State. Un choix douteux et risqué qui fait déja rire Jordan, Rodman et compagnie. Floyd mesure le défi titanesque qui l'attend et se dit prêt à le relever, le pauvre ne semble pas se rendre compte dans quelle galère il est venu se fourrer.
L'heure de la destruction
Définition simple de demantèlement dans un dico: Démolir les fortifications, détruire un édifice.
Si on devait ajouter une photo qui correspond parfaitement à cette description, un montage entre 1998 et 1999 sur le groupe des bulls ferait parfaitement l'affaire. Attention sortez les mouchoirs: Jordan, Pippen, Rodman, Longley, Kerr, Buechler, Burrell et même le boulanger Joe Kleine sur la liste des départs! Puisqu'on termine par les role players, autant continuer sur cette voie et en apprendre un peu plus. Joe Kleine, l'un des plus gros flops de l'histoire de la draft (6ème choix en 1985, devant des types comme Karl Malone, Joe Dumars, Chris Mullin et autres, excusez du peu), passé par Boston et Phoenix, extrèmement limité dans tous les secteurs, qui ferait passer un Dan Gadzuric pour un all-star, part se la couler douce sous le soleil de l'Arizona, un retour aux Suns après avoir fait jouer aux côtés de Charles Barkley au milieu des années 90. Pour l'accompagner, Luc Longley décide de choisir la même destination. Avec l'accord de Chicago, l'australien est l'objet d'un sign and trade et s'envole pour Phoenix en échange de Mark Bryant, de l'estonien Martin Muurseep et du recordman absolu, Bubba Wells (6 fautes en 3 minutes, essayez de faire mieux). De ce trio de rêve, seul le vétéran Bryant sera conservé (9.0 pts, 5.2 rebs en 26 min).
Jud Buechler, meilleur volleyeur que basketteur, prend la route des anciens rivaux de Detroit. Steve Kerr joue aussi la carte du sign and trade en partant pour San Antonio contre le vieux Chuck Person et un futur premier tour de draft. A 34 ans, Person prefère encore casser son contrat et partir pour Charlotte. Autre joueur de devoir sur le départ, Scott Burrell renifle les billets de New Jersey. Dennis Rodman est presque rejeté comme un malpropre, pas question de resigner dans une écurie aussi faible. Quelques semaines plus tard, il viendra en aide aux Lakers pendant une courte durée, mais nous y reviendrons plus tard quand le tour des angelinos arrivera. Scottie Pippen, éternel lieutenant de MJ, et le sous-payé ultime de la ligue ne va pas se géner non plus pour aller voir ailleurs. Une haine farouche entre Da Pip et Jerry Krause s'installe dès le premier three-peat des Bulls. A l'époque, Pippen signe un contrat sur plusieurs années faisant de lui au début l'un des joueurs les mieux payés de la ligue. En peu de temps, il se retrouve parmi la classe moyenne des salaires, au même niveau qu'un rôle player. En 1995, Pippen est à 2 doigts d'atterir à Seattle en échange de Shawn Kemp, il a suffit d'une colère de Jordan pour faire capoter le deal. Janvier 1998, Scottie revient d'une longue blessure et menace de partir, exigeant un transfert dans les plus brefs délais. Heureusement pour les fans, Jordan arrivera à le calmer et le persuader de continuer pour remporter une 6ème bague. Free-agent, avec de multiples destinations au choix (Phoenix - Houston en tête), Pippen décide de partir chez les Rockets avec dans l'idée de gagner un nouveau titre sans Jordan. Un choix qu'il regrettera amèrement, et ça aussi, nous en serons davantage plus tard.
Un seul être vous manque
13 janvier 1999, conférence de presse à Chicago. Sans surprises, Michael Jordan prend officiellement sa retraite, jure qu'il ne reviendra plus ni au basket, ni au baseball. Fatigué mentalement et en manque de défis, "His Airness" arrête les frais au grand regret de ses innombrables admirateurs. Sa femme Juanita peut respirer, elle aura enfin son cher époux à la maison, du moins pour un temps. Le proprio Jerry Reinsdorf est plutot mitigé sur la situation car d'un côté il devait signer un chèque de 30 millions de dollars chaque saison depuis 1996 pour MJ, mais d'un autre côté avec toute la gloire et les victoires acquises, cette somme était vite rentabilisée. Malgré tout ça, les Bulls continuaient à faire sold-out et ceux depuis 1987! Avant que Jordan ne débarque à Windy City, Chicago était un club correct sans plus. A son départ, 6 titres de champions, 5 fois meilleur bilan de la NBA, 6 titres de division, des matchs et des séries de légende,un record historique de 72 victoires en 1996, des chiffres hallucinants, une popularité dementielle et on va s'arrêter là, trop de choses à énumérer. En l'espace de quelques mois, Chicago perd l'un des meilleurs rebondeurs/défenseurs de l'histoire, le meilleur défenseur au poste 3 et joueur le plus polyvalent de l'histoire (encore), le meilleur joueur de tous les temps (décidemment), et l'un des tous meilleurs coachs (pfiou...). Jamais dans l'histoire du basket pro US, voir même international, une équipe championne n'a connu autant de changements majeurs.
Brent Barry à la rescousse
Un ancien voltigeur part, un autre le remplace. Brent Barry, vainqueur du slam dunk contest en 1996 pose ses valises dans l'Illinois après une saison 97/98 très decevante, scotché sur le banc de Miami. La frustration n'en sera que plus grande car malgré un temps de jeu en hausse (31 min), Barry termine sous la barre des 40% de reussite et atteint péniblement les 11 pts en moyenne. Mis à part quelques mouvements assez spectaculaires (reverse lay-up à Milwaukee), c'est une nouvelle année gachée pour l'ancien clipper. Les autres renforts font peine à voir, c'est pour cela qu'on va vite fait en faire le tour. Mario Bennett, machine à dunker des Lakers, futur Montpellierain, Parisien et Dijonnais se fait virer en moins de deux. Le rookie Corey Benjamin, taille similaire à MJ avec des qualités athlétiques au dessus de la moyenne, ne passe pas plus de 10 minutes sur le parquet. Le géant Priest Lauderdale (2,22 m) et Roy Rogers (un Stromile Swift en moins grand, moins athlétique, moins longiligne, moins tout en fait) se font aussi dégager quelques jours avant que la saison ne commence. L'ex pivot lourd d'Atlanta et Milwaukee, Andrew Lang, plus connu pour avoir détruit le poignet de Patrick Ewing que pour sa carrière, dort sur le terrain. Cory Carr, l'autre rookie drafté au second tour cette fois, jouera l'unique saison de sa carrière en NBA. Pas folichon tout ça, hein? Mention spéciale tout de même au hongrois, Kornel David, loin d'être ridicule (6,2 pts et 3,5 rebs en 18 min) et a eu l'honneur de se prendre une méga pastèque de Tracy Mc Grady.
Quelques resistants n'ont pas encore quitté le navire. Bill Wennington, Randy Brown, Rusty LaRue, Keith Booth, Dickey Simpkins, Ron Harper ainsi que Toni Kukoc sont restés pour limiter la casse. Kukoc devient enfin le "go to guy" et compile les meilleurs chiffres de sa carrière (18,8 pts - 7 rebs - 5,3 asts). L'envers du décor, c'est qu'il tourne pour la première fois en dessous la barre des 43% aux tirs, logique quand on se retrouve être la seule menace offensive fiable de l'équipe. En guise d'ouverture de la saison, la NBA propose parmi les premières rencontres, un Bulls-Jazz, remake des 2 dernières finales. Belle blague quand on voit qu'Utah a conservé tout l'arsenal et qui devient LE favori pour le titre. Pourtant, le match est beaucoup plus serré que prévu, Kukoc est dechainé (32 pts) et Utah s'impose seulement de 8 longueurs. L'arbre qui cache la forêt, les Bulls vont enchainer 2 séries de 7 revers d'affilées et ne peuvent gagner plus de 2 matchs de suite. Avec ça, Chicago établit un record: 81,9 pts en moyenne, soit la moyenne la plus basse depuis l'instauration des 24 secondes. La fidélité du public est encore présente, mais Chicago ne fait plus rêver. 13 victoires en 50 matchs, un triste bilan du chantier de l'intersaison. Pour finir, quelques temps après dans une interview, Jordan avait déclaré être prêt à jouer pour tenter le "four-peat" à condition bien sûr que tout l'effectif et le staff soit conservé, persuadé de gagner un 7ème titre. Les dirigeants ne l'ont pas vu ainsi.
ROSTER 1998/1999
Brent Barry (PG/SG)
Keith Booth (SF)
Randy Brown (SG/PG)
Mark Bryant (PF/C)
Cory Carr (SG/PG)
Kornel David (PF)
Ron Harper (PG/SG)
Charles Jones (SG/PG) - rien à voir avec Papy Jones de Houston
Toni Kukoc (PF/SF)
Andrew Lang (C)
Rusty LaRue (SG/PG)
Dickey Simpkins (PF/C)
Bill Wennington (C)
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